L’agroterrorisme dans nos assiettes

  • Michel Tarrier est un auteur qui ne mâche pas ses mots notamment lorsqu’il s’en prend à l’ancien ministre de l’Agriculture. Il a pour habitude d’appuyer là où ça fait mal. L’auteur est un scientifique ce qui lui permet des angles d’approche intéressants. Dans son dernier livre, il parle de l’agriculture et des agriculteurs. Il s’est consacré à étudier l’agriculture française pour des raisons politiques, économiques et sociales.

    michel-tarrierLe résultat de son enquête est entièrement professionnel et il avoue lui-même avoir « fait de gros efforts pour ne pas succomber à la tentation de polariser sur l’entièreté de la profession agricole pour respecter le distinguo. ».

    Il va mettre l’accent sur une profession dont le devoir était de nourrir mais qui maintenant nous tue par un empoisonnement constant et lent. Le paysan n’est plus du tout rustique comme dans les années 50. En effet on l’a poussé à se moderniser et se mécaniser mais cette pression les a poussés à céder aux sirènes des gangsters de l’agrotoxique.

    Des compromis se sont installés dont les politiques et les syndicats agricoles profitent de plein pot. On a souvent l’image d’un élevage spacieux et aéré avec un joli soleil et des animaux de la ferme qui gambadent un petit peu partout. Le problème est que cette image est fausse et que derrière se cachent les pires crimes ou des animaux vivent et meurent dans des conditions inacceptables et insoutenables.

    Les animaux qui sont élevés à la mode industrielle se sont révélés nuisibles à la santé humaine.

    On y trouve des poulets à la dioxine, de la viande de porc aux nitrates et nitrites, des vaches folles aux prions ainsi que des œufs infectés de salmonellose. Il résultera de ces pratiques une augmentation des cancers notamment celui du pancréas et du côlon proximal.

     

    Citons un passage concernant les cochons et les antibiotiques : « Bon an, mal an, l’Union européenne produit plus de 200 millions de porcs. 90 % de ceux-ci subissent le triste sort de la détention à vie, confinés dans un espace de 0.66 mètre pour un animal de 100 kilogrammes, traitement réservé à un saucisson vivant, rien de plus. Après son insémination, la truie est placée pour trois mois dans une stalle individuelle en pleine obscurité, où elle est détenue sanglée, sans pouvoir ni se lever ni se coucher, afin de permettre des économies de nourriture. Peu avant la naissance de ses porcelets, elle est placée en immobilisation forcée dans une cage de mise bas, où ses petits pourront téter à loisir. Les instincts maternels de la mère sont déniés, elle ne peut pas confectionner un nid pour la mise bas ni approcher ses petits. Entre les administrations d’anxiolytiques et d’antibiotiques, mordre les barreaux reste sa seule compensation pour survivre à ce stress. Les porcelets ont la queue et les dents coupées sans anesthésie, les mâles sont castrés à vif. Ils sont sevrés précocement afin que la truie recommence sans plus attendre un nouveau cycle. Ils sont ensuite placés dans l’obscurité sur un sol en claire-voie (déformations, nécroses des pattes) pour être engraissés d’aliments composés de céréales, de farines animales et d’antibiotiques, un cocktail d’accélérateurs de croissance. Pour augmenter les portées et stabiliser les cycles de fécondité, les femelles sont traitées aux hormones et aux stéroïdes. L’odyssée du transport vers l’abattoir a généralement lieu de nuit et les porcs ne verront jamais la lumière du jour. Incapables de se mouvoir, certaines truies sont treuillées dans le camion. Leur chair meurtrie n’est déjà plus que rillettes ou saucisson. »

    Ou bien encore la volaille. « Plus de 90 % des poules pondeuses sont soumises à un élevage intensif (…) entassé dans des hangars sans fenêtres, pouvant contenir de 10 000 à 70 000 individus. Les poules sont incarcérées dans des séries de cages superposées dont chacune contient 4 à 5 sujets. Chaque poule ne dispose pas de plus de 550 centimètres carrés, c’est-à-dire l’équivalent d’une feuille de papier A4. (…) Comme la chair du poulet industriel est d’une croissance disproportionnée par rapport à son cœur et à ses poumons, beaucoup d’oiseaux développent donc des problèmes cardiaques et un douloureux gonflement de l’abdomen. (…) Quand les animaux fourbus se couchent, le contact prolongé avec des litières pleines de déjections ammoniaquées occasionne des brûlures et des ulcères aux doigts et aux pattes, et des ampoules à la poitrine, souvent visibles au travers du conditionnement “prêt à cuire”. Les muscles du poulet grossissent aussi en disproportion avec le squelette. Résultat, la plupart ne peuvent plus marcher. Après avoir pondu 300 œufs en 400 jours, la chair infecte de ces vieilles poules exténuées finit dans une soupe en sachet ou dans de la nourriture pour chats et chiens. »

     

    Il y a aussi les conditions d’élevages qui sont ignobles comme le gavage des oies et des canards. Le méthane produit par les élevages est responsable de l’effet de serre et les épandages de la pollution des eaux. La volonté de créer de nouveaux pâturages est quant à elle responsable de la déforestation massive. Les Français mangent trois fois plus de viande qu’il y a un demi-siècle. Cela demande donc une production plus importante ce qui augmente considérablement la souffrance animale, les risques sanitaires et les effets dont nous venons de parler.

    Le livre de Michel Tarrier laisse une vision pessimiste de la situation globale. Mais l’information libre et indépendante est indispensable.

    Il ne faut pas seulement s’informer mais agir en remettant en question nos habitudes dont nous avons hérité sans bouger. Soyons des citoyens responsables car il appartient à chacun de nous de faire un monde meilleur.

     

    D’après l’article de Régis Poulet

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    Découvre la permaculture et cherche à atteindre l'autosuffisance d'ici 2 ans (2017). Je cultive actuellement sur 600m² de jardin ainsi que sur 400m² d'une parcelle que je viens de récupérer en février 2016.

  • Vos commentaires

    • Christophe G -

      En complément : http://www.lejardinvivant.fr/2014/11/02/c-est-la-dose-qui-fait-le-poison/

      Bonjour,

      Agroterrorisme est une vision parcellaire que je ne partage pas.

      1 / parce que le préfixe agro veut dire champ, un champ en latin, ou permanent et durable en grec.

      2 / Écrire : " Le paysan n’est plus du tout rustique comme dans les années 50. En effet, on l’a poussé à se moderniser et se mécaniser mais cette pression les a poussés à céder aux sirènes des gangsters de l’agrotoxique. "
      Ça c'est du terrorisme intellectuel parce que écrire que le paysan était un être rustique, c'est ambiguë et discriminant.

      La stigmatisation des agriculteurs est un raccourci de l'histoire qui induit les nouvelles générations dans l'erreur. Personne n'a poussé le paysan, c'est faux. Il l'a fait tout seul et à l'insu de son plein gré pour ressembler aux autres !

      Les vrais terroristes, ce sont les consommateurs : vous, nous, ceux qui ne veulent plus payer la nourriture ou la payer la moins chère possible.

      • Pierro

        Pierro -

        Tout le monde a sa part de responsabilité c'est certain. Comme disait Coluche, il suffirait qu'on n'achète pas pour que ça ne se vende pas.

    • Oneshot

      Oneshot -

      J'ai lu ce livre et c'est une bombe de révélations. J'ai adoré !

    3 réponses à “L’agroterrorisme dans nos assiettes”

    1. Christophe G dit :

      En complément : http://www.lejardinvivant.fr/2014/11/02/c-est-la-dose-qui-fait-le-poison/

      Bonjour,

      Agroterrorisme est une vision parcellaire que je ne partage pas.

      1 / parce que le préfixe agro veut dire champ, un champ en latin, ou permanent et durable en grec.

      2 / Écrire :  » Le paysan n’est plus du tout rustique comme dans les années 50. En effet, on l’a poussé à se moderniser et se mécaniser mais cette pression les a poussés à céder aux sirènes des gangsters de l’agrotoxique.  »
      Ça c’est du terrorisme intellectuel parce que écrire que le paysan était un être rustique, c’est ambiguë et discriminant.

      La stigmatisation des agriculteurs est un raccourci de l’histoire qui induit les nouvelles générations dans l’erreur. Personne n’a poussé le paysan, c’est faux. Il l’a fait tout seul et à l’insu de son plein gré pour ressembler aux autres !

      Les vrais terroristes, ce sont les consommateurs : vous, nous, ceux qui ne veulent plus payer la nourriture ou la payer la moins chère possible.

    2. Oneshot Oneshot dit :

      J’ai lu ce livre et c’est une bombe de révélations. J’ai adoré !

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